PROLOGUE . Il eft ici trois fortes de foupirs : Les premiers font l'éfet d'une douleur profonde , D'avoir tant ofenfé le Créateur du monde : Le coeur eft acablé de cruels déplaiiirs ; Pour fatisfaire à la Juftice , On s'impofe certain fuplice , On travaille à fe corriger ; C eft le premier moien pour nous faire changer . Celui dont la bonté pour nous eft fans égale Paroit afin de confoler ce cœur , Lorfqu'en cellant d'être pécheur . 11 s'anéantit , fe ravale : ' Dieu qui fe plait dans notre humilité , Remplit le cœur de charité : Ce font d'autres foupirs , qui viennent d'une flamfc Bien plus pure , & déjà notre ame Ne peut foupirer que d'amour . Ces foupirs vontvers Dieu , & même fans détour : Car les premiers foupirs recourbés fur nous - mes , Sembloient ne regarder que nous : On craignoit de mon Dieu jufques aux moindres T coups : La peine & la douleur qui nous fembloient trêmes N'envifageoient que le propre intérêt , On craignoit le divin arrêt : Les foupirs de l'ame amoureufe Montent droit au Seigneur : Oui , je veux bien périr Si ma perte t'eft glorieufe , Dit - elle , ò Dieu , fais moi bientôt mourir . Cet